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Tremblement de terre à Ploërmel

Ce jour-là, justement, à l'école militaire de Coëtquidan, notre équipe de deux journalistes étaient là pour prendre rendez-vous avec le colonel Rivalain, le chef de corps, afin d'écrire un papier sur les possibilités d'entraînements militaires dans la nature. En effet, suite à une thumb_dragon_tremblement_terre_0000000observation récente dans la région, cette dernière semblait reprendre des droits difficiles à gérer pour la population, tels que la multiplication inattendue des sangliers et des cervidés, ou encore les arbres qui continuent à chanter, même quand il n'y a plus un brin de vent... Ce pourrait être un sujet intéressant : Comment cette base militaire pouvait-elle continuer ses exercices dans l'environnement devenu hostile de notre féerique forêt de Brocéliande? Il n'y avait pas là un grand sujet à développer, mais les gens aiment lire ce qui se passe à la porte de chez eux, c'est un peu de leur vie dont on parle.
Or, l'ébullition était palpable dans le bâtiment principal de l'école. On voyait des communiqués arriver de toutes parts, et des subordonnés courir vers les destinataires en se faufilant les uns les autres. L'hôtesse d'accueil ne réintégrait pas son poste, laissant nos deux journalistes patienter: Maïwenn Le Tord, et la photographe Cybille Penhoët se firent un clin d'œil : elles étaient au milieu d'un tourment dont il fallait absolument tirer partie ! Certes, elles étaient au courant du phénomène du nuage étrange en Normandie, mais elles ignoraient encore que l'armée en Bretagne se sentait concernée à ce point, et elles étaient là, au coeur d'un tourbillon encore inconnu du public ! Personne ne s'occupait d'elles. L'on avait l'habitude, dans les bureaux, les secrétaires sont souvent du personnel extérieur, alors deux jeunes femmes en tenue civile ne firent pas plus de vagues que ça dans l'émotion collective. Avant que le garde ne vienne les déloger, il fallait prêter l'oreille à tout ce qui se disait...
« Ecran blanc...Attaque acide...Comment ? Je ne sais...Stratégie informatique...fumée myst...Oui ou bien...Tremblement de te... ». Il était trop dur de comprendre, tant des voix s'entrecroisaient. Cependant, dans cette confusion de paroles, une voix n'était pas inconnue à Maïwen. Où l'avait-elle déjà entendue ?
Des pas précipités s'avançaient vers le bureau dans lequel elles attendaient. Zut !
Le gardien fit son entrée dans le réduit en ouvrant grand la porte.  Mesdames, je vous prie instamment de partir... » Tiens, il lui semblait pourtant leur avoir indiqué l'accueil. Pourquoi les deux journalistes n'étaient pas là? Elles devaient sûrement être avec l'hôtesse dans les couloirs. Mince, il fallait maintenant partir à la recherche de ces énergumènes puisqu'il venait lui-même de passer devant le bureau du chef de corps, et elles n'y étaient pas. S'il ne les trouvait pas rapidement, ce pourrait bien lui retomber sur les pieds!
« _Aïe! Ouille! Il est parti, tu peux sortir de dessous le bureau. C'était étriqué dans cette armoire, heureusement que je ne suis pas grande! _Chut, répondit Cibille, écoute : ... _D'anciennes runes, peut-être...l'alphabet oghamique...marsouin... ». Puis plus rien.
La porte s'ouvrit à la volée. «  Que faites-vous là ? Une voix tonitruante émanait de l'encadrement. Où est la secrétaire? Sans en attendre la réponse, le colonel Rivalain fit le tour du bureau et vint se poster devant les jeunes femmes, poings aux hanches. _Nous l'attendons, justement. _Nous avons une urgence à régler. La garde aurait déjà dû vous évacuer. Veuillez partir sur le champ, je vous prie. Cybille tenta le tout pour le tout : _Ah oui, c'est à propos du texte à déchiffrer... _QUOI? QUE...Vous écoutez aux portes? Et que...Qui êtes-vous d'abord?
Le jeune sous-officier Le Corvec avait suivi son supérieur sur sa demande, et se trouva à son tour dans l'encadrement de la porte. Quelle ne fut pas sa surprise en apercevant Maïwen ! Il avait fait sa connaissance quelques jours auparavant, mais pas vraiment sous de bonnes augures...
_Monsieur le colonel Rivalain, je suppose ? Continua Cybille. Nous sommes journalistes, et... _JOURNALISTES! La presse, maintenant, il ne manquait plus que ça ! Nous sommes dans un état d'urgence, et nous devons faire sortir chaque civil. Vous êtes sur un territoire militaire ici, avec ses règles à respecter. Comme vous l'imaginez, votre intrusion dans les affaires de l'état va être immédiatement relayée jusqu'au ministère de l'intérieur. Veuillez, avant de quitter les lieux, nous dire ce que vous savez, ou avez interprété. _Nous étions venues, au départ, pour écrire un article sur un sujet un peu banal, mais je pense que vous faites la même enquête que nous, avança Maïwen, un large sourire aux lèvres en regardant alternativement le colonel et Madeg. Mais nous ne sommes pas sûres de vouloir partager nos informations, secret professionnel oblige... Son sourire s'élargit encore plus en prononçant ces derniers mots, le regard bien dirigé vers Madeg. Il n'en fallait pas plus pour réveiller l'énervement du supérieur! _Qu'est-ce que ça veut dire? Vous vous connaissez tous les deux ? L'élève officier était incapable de relever les yeux. VOUS ALLEZ ME DIRE CE QUE VOUS AVEZ ENTENDU OU JE VOUS JETTE AVEC PERTES ET FRACAS! »
Pendant ce temps-là, en Normandie, l'aveuglement à l'intérieur du brouillard était devenu total, et le roulis sous-terrain continuait de faire des dégâts de plus en plus forts...

 

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