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Tremblement de terre à Ploërmel - Episode 10

De toute façon, pensa Corentin, je ne peux même pas quitter le doigt de l'interrupteur si je veux y voir, quant à aller me baigner! - Touche dragon_tremblement_terre_modifi-1de ton doigt ce bouton, calme-toi, concentre-toi, et lâche-le tout doucement. Ca restera allumé... » Cette voix s'adressa vraiment à lui, comme si elle faisait partie de sa pensée. Corentin rappuya sur l'interrupteur pour en avoir le coeur net, et malgré quelque hésitation, lâcha le bouton tout doucement. La lumière resta, en effet. Et là, un spectacle des plus surprenants s'offrit à lui: dans un bassin, la tête inclinée tranquillement sur le bord, un jeune dragon le fixait...
« Ce n'est pas possible, je dois avoir la berlue, se dit l'ingénieur. La pression, peut-être, et les efforts. A moins que ce ne soit ça, les premiers effets de la radio-activité? Irène Curie n'avait pas décrit cela, pourtant, dans son journal. Le magnifique animal continuait à l'observer, calmement. En inclinant sa tête sur le côté, il reprit le dialogue: _ Arrête de dévier ton attention, répondit-il je suis bien là. Viens me rejoindre pendant que je me gorge de tout ça. Je ne m'attendais pas à trouver telle opulence d'énergie! _ Je ne peux pas poser le pied dans cette eau, elle est hautement toxique, elle causerait ma mort. La tienne aussi, d'ailleurs. Tu ne devrais même pas l'avaler, mais tu ne savais pas. Tu ne pouvais pas savoir. » Sa réponse fut spontanée, comme si la même intelligence les liait. Tout en disant cela, il essayait de reprendre ses esprits. Trop de questions se bousculaient dans sa tête! Procéder par ordre d'urgence: son but en descendant jusqu'ici était de refermer les sas afin d'éviter une catastrophe sans précédent. Il s'était déjà laissé attendrir depuis trop longtemps. La sécurité des collègues et de la population avant tout! «  J'aimerai continuer cette étonnante conversation, mais qui ou quoi que tu sois, j'irai droit au but: Je dois refermer cet endroit définitivement. J'ignore comment tu t'es retrouvé là, mais soit tu remontes avec moi et peut-être pourrons-nous te soigner s'il te reste un peu de temps à vivre, soit je t'enferme ici, et peut-être pourras-tu retourner d'où tu viens si tu en connais l'issue. » A peine sa phrase terminée, le noir survint de nouveau dans la salle et l'on entendit un grand plongeon . L'énervement commença à gagner notre homme! Il ne s'était pas éloigné de l'interrupteur, heureusement, mais bizarrement l'électricité ne répondait plus à son contact. Alors qu'il n'avait pas connu ça depuis le début, la panique commença à l'envahir. Se calmer et se reconcentrer lui devenait désormais illusoire. Mais que faisait-il ici, que diable?
« Corentin, Corentin...in...in... Ta lumiè...è...è...ère! »Quelques étages plus haut, une voix lui parvenait encore. C'était certainement un des hommes resté assis dans l'escalier de secours, à bout de forces. L'écho renvoyait d'ailleurs des paroles teintées de dépit. « On va finir là ensem...em...em...emble. Ma femme et mes enfan...an...ants! Je n'aurai pas eu le temps de leur dire...temps...temps...dire...dire...dire » Les phrases se mélangeaient dans l'écho, qui rajoutaient encore plus à la solitude de Corentin. « Sois patient! » fut la seule réponse qu'il trouva à dire, ne voulant pas alarmer encore plus son interlocuteur, mais ne sachant pas trop s'il la comprendrait.
SVLOUICHCHCH... « _Qui c'est celui-là? La voix intérieure recommença à lui parler. _ Je l'ignore, mais il est comme nous, dans de beaux draps! _ Tu veux dire comme toi. Rallume nous cette lumière, s'il te plaît. _ Je ne peux plus, l'électricité ne m'obéit plus. _Calme-toi et concentre-toi, et... _ Je ne peux pas me calmer! JE NE VEUX PAS ME CALMER! Pourquoi me parles-tu, d'abord? Les animaux, ça ne parle pas! En tous cas, pas l'humain! _Alors, c'est moi qui vais me concentrer... » Un tout petit point s'illumina au milieu d'un bassin, qui se transforma en une lueur bleutée, timide au début, puis grandissante et grossissante au fur et à mesure, pour encadrer enfin le visage du dragon. Le spectacle qui s'offrit aux yeux de Corentin pour la seconde fois, était encore plus surprenant et magnifique que la première: Il venait de sortir la tête de l'eau, car de fines gouttelettes dégoulinaient de son visage, faisant encore mieux briller l'aspect irisé de sa peau. De loin et dans la pénombre, il n'aurait su dire si c'était une carapace ou des écailles naissantes. Des arêtes commençaient à se dessiner sur son museau et autour ses yeux. Il se hissa, et la lueur ne put suivre que son visage. Il avait encore grandi, sa tête était maintenant presque à la hauteur du palier de Corentin. Cependant, il n'aurait su dire quelle taille il avait réellement, car on entendait osciller en faisant quelques légers courants d'air ce qu'il pensait être la queue, et caresser d'autres « piscines » au passage. «  _ Mais qui es-tu?  » Ne put-il s'empêcher de penser. Un début de réponse ne se fit pas attendre: ce qu'il avait prit pour un casque vînt butter contre une marche, et le dragon sortit de son bac pour aller le ramasser avec sa gueule. Il le prit délicatement, et le tendit à notre ingénieur . C'était une coquille d'oeuf énorme: d' une texture cristalline au toucher lisse, l'aspect visible était à s'y méprendre avec le granit dans lequel la zône d'enfouissement était creusée, quoique illuminé par la seule lueur qui émanait de la tête de l'animal. « _ C'est étrange, je pensais...Nous pensions tous que... _ Les dragons n'étaient plus? C'est normal, vous n'êtes que des hommes. _ Que... Comment fais-tu ça, la lumière? _ Je la puise dans toute cette énergie. Je ne pense pas qu'aucun dragon n'aie poussé aussi vite que moi, selon ma mémoire. _ Comment le saurais-tu, tu viens à peine de naître! Le dragon planta son regard fixement dans celui de Corentin. _ En naissant, nous sommes déjà héritiers de la Mémoire de nos aieux. »
Il tourna son cou avec grâce, et dirigea son museau vers la hauteur du gouffre. De sa gueule, il essaya de sortir du feu, mais un filet d'eau en sortit, mélangée à une fumée désuète. «  Tu es calmé, là? Mon halo s'éteint et j'ai besoin de toi ». A tâtons, Corentin se retourna et trouva l'interrupteur. Il était calmé, en effet, mais il lui était encore difficile de se concentrer tant il était perturbé par tout ce dont il était témoins. Un instant sa pensée alla sur sa femme: Que penserait-elle s'il lui racontait tout ceci? « Elle ne te croirait pas, lui dit le dragon en pensée. Allume! » Quoi? Le dragon sait aussi lire dans les pensées! Il dût faire un effort surhumain pour que la lumière reste enfin. SPLAOUTCHCH! CHTONG! STZOUING! Le dragon avait ouvert un nouveau container.Cette fois-ci, Corentin pouvait voir l'évolution de l'animal en direct: Il n'y avait plus que le cou et la tête d'immergés, tant le corps avait grandi. La queue majestueuse oscillait au rythme de l'absorbsion de son maître. Des ailes commençaient à naître de part et d'autre de sa colonne vertébrale encore peu acérée.
A la pensée de la mission qu'il s'était donnée, l'ingénieur fit quelques déductions: tant qu'il conservait son sang froid, « tout » lui réussissait. Le choix qui s'offrait à lui était toujours le même: Devait-il tout faire pour convaincre le dragon de remonter avec lui à la surface de la terre, avec tous les dangers que cela susciterait, ou bien devait-il enfermer cet animal dans le sas, et refermer chaque étage derrière lui au fur et à mesure qu'il monterait, afin de sauver encore quelque-chose ? Après tout ce n'était qu'une bête...

Corinne Parro

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