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Tremblement de terre en pays de Ploërmel - épisode 11

Au ministère de l'intérieur, on recevait des fax et des mails à tout va. La ministre, mme Juhel ne savait que penser de tout cela : Quels dragon_tremblement_terre_modifi-1ordres donner à propos de quelque chose d'aussi invraisemblable ?  Dans l'ordre, elle avait enfin quelques débuts d'analyses de la part des psychologues de la gendarmerie de Ploërmel, en Bretagne...

"Robert Nayl, employé chez notre distributeur d'eau, et Patrice Le Monnier, ingénieur auprès du génie civil sont tous deux atteints d'une même forme de délire. Ils étaient chacun d'eux à sonder le terrain à des endroits différents pour leurs besoins professionnels respectifs lors de la première secousse du séisme breton récent. Leurs interprétations de ce tremblement de terre  sont relatives, disent-ils, à des légendes de dragons enfouis à ces endroits. Fait troublant, l'un d'eux est tout de même ingénieur... Encore sous le choc, ils sont rentrés à leurs domiciles à l'heure qu'il est. Doit-on établir avec eux des relations  exclusives dans le cadre du secret d'état, ou peut-on laisser des psychiatres privés s'en charger? Il serait néanmoins souhaitable que vous nous détachiez un spécialiste des phénomènes surnaturels. Attendons vos indications".

Au début, elle n'avait pas prit cette information au sérieux. C'était quelqu'un de terre-à-terre qui était moulée dans notre ère contemporaine où les légendes et croyances locales ne sont là que pour apporter un peu d'exotisme. Mais elle avait été obligée de ressortir ce fax pour l'inclure dans un dossier actuel, grandement plus important, et auquel aucun de ses prédécesseurs n'avait jamais été confronté. En effet et par ailleurs, "l'attaque" au nuage blanc et au tremblement de terre qui sévissait en Normandie prenait une tournure des plus inattendues : un autre fax émanait cette fois de l'école de Saint-Cyr-Coëtquidan, en Bretagne. "Information dont les soupçons sont grandissants : le matériel informatique dont nous disposons nous permet d'entrevoir une forme naissante d'un immense reptile volant dont le nuage opaque serait la matrice, avec ce qui pourrait être le corps d'un dragon longeant la rive de la Manche, et ce qui pourrait être les ailes de part et d'autre au dessus de la mer et du Calvados, le tout se dirigeant vers le sud, comme vous le savez. Il nous serait capital d'avoir les résultats des échantillons prélevés du nuage afin de continuer nos recherches dans ce sens, si vous voulez bien nous les communiquer. Par ailleurs, nos recherches sur la communication perçue par le sous-marin de Lorient dans la Manche nous fait entrevoir une forme de dialogue dans un langage ancestral que nous continuons à décrypter. On dirait un dialogue surréaliste entre le ciel et la terre . Nos résultats actuels parlent d'un oeuf, et de la forêt de Scissy. Sommes à vos ordres".

Pour le moment, allait-elle pouvoir garder tout cela pour elle? Sinon comment annoncerait-elle tout ceci aux colonels des casernes déjà sur le qui-vive? Quelle honte, jamais personne ne la croirait! Elle envisageait déjà les gaussements de toutes parts, d'autant plus qu'elle était une femme! Son père, lui avait déjà suffisamment fait sentir cette « inutilité », durant son enfance. Issue d'une famille de fermiers, elle était la dernière enfant et seule fille d'une fratrie, et était arrivée sur le tard dans le couple. « Un accident », comme lui répétait son père lorsqu'il était de mauvaise humeur. « Une femme ne peut pas faire avancer les choses, elle ne peut que soutenir les hommes à y parvenir ». Sa mère était une femme très effacée. Son père décédé lorsqu'elle fut adolescente, ses frères, bien plus âgés qu'elle, reprirent la ferme afin d'aider leur mère. L'ambiance se détendit autour d'elle, et tous permirent à « l'accident » de faire des études. Parvenue à un niveau convenable, elle embrassa une carrière politique, peut-être pour continuer à prouver des choses à son père...
Pour le moment, elle imaginait déjà les questions moqueuses de ses comparses : Quelles stratégies éventuelles devaient-ils préparer? Choisir la diplomatie et repeindre les avions en urgence avec de jolis tons irisés , ou plutôt faire un concours de lance-flammes pour impressionner l'ennemi ? Et l'assemblée nationale : elle serait la risée des membres de son camps, quand à l'opposition... Tous ne verraient pas mieux que de demander sa démission sur le champ! Il y en avait un en particulier à qui elle pensait. C'était physique, elle ne le supportait pas. Elle trouvait qu'il avait un regard fourbe, et surtout le cheveu tout le temps gras. Du reste, ses collègues le fuyaient aussi, lui semblait-il, car il était rarement invité à faire partie des groupes de discussions. Ce à quoi elle pensait, c'était qu'il venait d'écrire un livre sur les croyances et légendes de nos jours. S' il se doutait de quoi que ce soit, il essaierait à tout prix de lui adresser la parole en l'embringuant dans le "club des incompris"!


Un troisième fax arriva juste avant de partir à l'Assemblée : "Le nuage blanc se dissipe à la pointe de la Hague, et le tremblement de terre le suit encore. Ils cheminent toujours vers le sud. Nos troupes commencent à recenser les dégâts. Le sol est défoncé bizarrement sous forme de vagues, des poteaux et des murs sont à terre.  Essayons de voir s'il ne manque personne. La communication est difficile avec la population qui sort doucement de sa torpeur; avons besoin d'équipes d'écoute psychologique. Un cas de folie délirante néanmoins : un homme en état physique d'épuisement utilise ses dernières ressources pour nous indiquer qu'un ingénieur de la zone d'enfouissement de la Hague est au fond d'un gouffre. Quand nous lui avons demandé s'il pensait que cet homme serait seul, il nous a répondu qu'il était seul avec un dragon. Attendons vos ordres".

C'en était trop! N'étaient-ce pas les différents chefs de corps qui se payaient sa tête? S'étaient-ils donnés le mot pour la tourner en ridicule, dans un moment pareil ? Des dragons... Pourquoi pas des trolls et des korrigans, non plus? Elle appela sa secrétaire et lui demanda de composer le téléphone du colonel Rivalain à l'école militaire de Coëtquidan, pour elle. "Lui est un meneur, et il va m'entendre !" se dit-elle. "Il va vite comprendre qu'il ne faut pas se moquer de moi, il en fera part vite fait-bien fait aux autres avant même que je ne les appelle".

Pendant ce temps-là, dans le camps de Coëtquidan, le colonel Rivalain et son subordonné continuaient de comparer leurs recherches avec celles des deux journalistes qui avaient bien voulu collaborer, et les résultats étaient éloquents : il pensait vraiment avoir à faire à des dragons ! Comment faire part de ses premières conclusions à ses collègues ? Et comment allait-il faire comprendre cela à Mme la ministre ? Il en était là de ses interrogations lorsqu'il fut demandé au téléphone : "Le ministère de l'intérieur au téléphone pour vous, mon colonel..."

 

A suivre !

 

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