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I - Partir pour mieux revenir

Dans la maison de mon enfance, tout se passait dans la cuisine, théâtre de la vie familiale.

Je revois encore ma grand-mère derrière les coucher_soleil_mauron_broceliandefourneaux, mitonner des plats délicieux dans ses marmites en fonte. Des mets dont elle seule avait le secret, parce qu’elle cultivait un art dont je ne connaissais pas encore la valeur, celui de la patience.


Après l’école, je m’installais avec mes cahiers sur la table où devait se dresser le couvert. Je n’avais que faire des injonctions de ma mère, m’enjoignant de quitter le lieu. Je restais bien assise sur mon siège, me refusant à la solitude de ma chambre. En effet, l’automne avait amené son cortège d’ombres et derrière les lourdes tentures je croyais voir poindre les grandes chaussures de bois d’un tomte.


Celui-là même qui avait échappé à ce mauvais drôle, de Nils Holgerson ; et les devoirs étaient bien ennuyeux. Ma grand-mère tout en préparant la soupe du moment, citrouille et châtaignes, me racontait des choses bien plus riches d’enseignement, car elle avait fait une école bien spéciale, celle de la vie.



TOMTE
Il est un des amis de la campagne et des fermes.
Il a longtemps œuvré auprès des hommes,
s’activant dans l’étable et la grange.
Garant de prospérité,
ce lutin du nord au visage poupin a déserté les lieux
car l’humain, son maître mortel a oublié de l’honorer
en lui offrant un simple bol de soupe !



Auprès d’elle, l’aventure avait son point de départ à la maison et la demeure devenait à la fois chaude et rassurante. Dans cette cuisine, j’étais dans le ventre du monde. Otant graines et filaments d’une citrouille résistante, je revois ces yeux malicieux bleus lavandes et sa petite bouche cerise me murmurait :


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-    "Les fées sont gourmandes, autrefois, nous avions coutume de leur offrir une part de notre dîner. Car elles peuvent bien devenir ogresses, n’hésitant pas à dévorer quelques enfants si elles n’ont pas eu leur content !"

Sous ses doigts habiles, l’opulente orangée se laissait déshabiller. Je me disais :

-    "Assurément, ce soir, avant d’être détaillée en fine aiguillettes, elle sera à nouveau carrosse doré pour emmener quelques demoiselles esseulées et éplorées".

Pourtant, combien de fois ai-je aussi trouvé cette même maison, ennuyeuse et comme dans tous les contes je n’avais qu’une envie, fuir.


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Dans la forêt de Brocéliande, sur le sentier, je marche prudemment dans les jonchées de feuilles. Car ce sont les Dames d’automne qui ont endossées leurs somptueux atours. Robes de chintz cuivré et jaune d’or d’organdi. Je les vois voltiger et tourbillonner. Elles s’en vont au bal et au petit matin, quand l’air sera plus froid, elles rentreront, accompagnées, des Belles de lune. Ces sœurs,  graciles et légères, vêtues de tulles évanescents.





DAMES D'AUTOMNE
Filles des déesses des moissons et des récoltes,
la beauté de leurs robes reflète les derniers regrets de l’été.
Mais leurs parures viennent à rayonner
car elles ont fait le choix de
cheminer vers l’essentiel : donner




C’est en poussant du pied ces bogues d’épines, oursins de la terre que tous ces mots ronds comme des bonbons me reviennent. Je l’entends souvent dans un rire me rappeler : patience ! Oui, j’ai encore la fâcheuse habitude d’oublier d’enlever les délicates chemises des châtaignes lorsque je les ai trempées dans l’eau bouillante. Tant de secrets révélés dans cette cuisine. Patience ! Chantait-elle à l’unisson avec le sifflement de la marmite et quelle joie alors de s’attabler autour d’une bonne soupe couleur d’automne.


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Ce soir, en rentrant, dans le rougeoiement du poêle, je crois voir ces deux joues vermillon et entendre sa voix me dire :

-    « Oui, nous avons tous faim de bonheur. Aimer est nourriture. Nous nous croyons mal aimé mais nous sommes surtout des mals aimant. C’est pourquoi il nous faut partir pour mieux revenir. »




 

 

CREME DE CITROUILLE OU SOUPE DE CENDRILLON

Pour 8 à 10 personnes
Préparation : 20 mn
Cuisson : 1 h
1kg de chair de potiron * 30 g de beurre * 2 blancs de poireau * 1 gros oignon *  3 navets
1 pincée de sucre * 2 pincées de noix de muscade * 20cl de crème épaisse * sel, poivre.

Faites revenir au beurre les blancs de poireau émincés, l’oignon épluché et émincé, les navets et le potiron épluchés et coupés en morceaux.

Ajouter 2 l d’eau et laisser cuire environ 40 mn à gros bouillons.

Recueillez et égouttez les légumes, passez-les au mixeur.

Salez, poivrez, ajoutez le sucre et la noix de muscade.

Si la soupe est trop épaisse, allongez-la avec un peu de bouillon de cuisson des légumes. Remettez à chauffer quelques instants. Juste au moment de servir, incorporez la crème.

 

 

 

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Association Le Conte est Bon
Louise de brecilien
06 62 35 86 30
http://www.contes-broceliande.com

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