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Broceliande je te vois

J’ai dû m’absenter quelques temps, dans cet intervalle entre ce partir pour mieux revenir. Absence à soi-même, absence aux autres, cet portrait_louisedebrecilien_broceliandeétat délicieux de vacance dans lequel réside le Secret du vide. Comme Lucie Penvensie dans le Monde de Narnia, je me suis laissée aller à la contemplation du feu, bercée par la musique d’une étrange créature, mi-homme, mi-chèvre, un faune.


De derrière les carreaux de ma petite maison, une porte et deux fenêtres, comme deux yeux ouverts flocon_broceliandesur le monde, des flocons se sont mis à tomber, voltigeant comme des abeilles blanches dans le silence feutré de l’hiver. Et puis, l’un d’eux s’est posé sur la gouttière, bien plus gros que les autres, il a fini par prendre l’apparence d’une femme vêtue de la plus belle robe que l’on puisse imaginer, faite de milliers de cristaux étoilés. Elle frappe à la fenêtre, elle est belle, ses atours de glace la rendent presque aveuglante. Est-ce la Reine des Neiges, échappée d’un des contes de ce cher Andersen ? Ses yeux d’eau claire me retiennent, ils sont comme une fontaine secrète au creux des rochers, un appel silencieux à la jeunesse du cœur. Non, c’est Viviane, derrière ce sourire, entre le mouvement léger de ses lèvres, je déchiffre un nom, celui de Brocéliande. Il me vient l’eau à la bouche, cette soif inextinguible de la retrouver, encore et encore…la forêt.

 

paysage_neige2_broceliandeBrocéliande m’appelle, m’interpelle. Le temps de jeter un par-dessus sur mes épaules et d’enfiler des bottes, et me voici sur l’un de ses sentiers.  Concoret, cœur ardent de Brocéliande, il resplendit de tous ses feux dans l’église Saint Laurent et dans la pierre du pays. La petite route s’en va vers carte_concoret_broceliandePaimpont par la Ville Danet. Sur le bas côté, le lavoir résonne encore des cris des lavandières, un peu plus loin la chapelle Saint Eloi, dort depuis plusieurs hivers.


Le chemin se déroule sous les pieds, non loin du village car il s’agit d’être prudent à cette période de l’année, la forêt veille et la terre est en gestation. Après l’étang et les ruines d’un moulin, Brocéliande se laisse contempler, dans ses courbes qui se déploient je devine au loin la Fontaine de Barenton, l’Hotié de Viviane, le Val sans Retour, la côte de Beauvais, le château de Trecesson, le Tombeau de Merlin et le château de Comper. J’ai presque tourné sur moi-même, il me faut m’asseoir sur un petit rocher pourpré. Je me tais passionnément et chaque fois qu’une pensée vient me visiter je la congédie poliment. Surtout ne rien faire, ne rien déranger, se laisser porter par ses paysages, devenir la sylve malicieuse. Je laisse le froid visiter l’épaisseur de mes vêtements, il me mordille les jambes. Je reprends la marche silencieuse, à peine le crissement de mes pas sur le manteau de glace.  Pèlerine blanche qui se déploie sur tout le pays, obligeant à vivre au ralenti, à s’arrêter, bénédiction de ces instants magiques qui nous sont offerts.


Je n’écoute pas. Les sons me traversent comme le vol des oiseaux. Je ne regarde pas. Les branches des arbres poussent dans mes yeux grands ouverts. Je ne respire pas. Un souffle régulier me visite et me scande. Je ne flaire pas. Les odeurs de la terre, de l’humus m’enfouissent. La forêt m’enivre et je fais une boucle pour me retrouver près du four à pain du village. De retour, je pousse la porte de la porte_broceliandemaison, les yeux brillants, les joues rosies par le froid et le souffle un peu court. Le poêle ronronne d’aise et les effluves d’un pain enchanté me chatouillent les narines. Il chante déjà sur la grille du four. Il me dit :
«  Nous sommes tous gens du voyage. Et ce voyage est la vie »

Ce pain, compagnon de l’éternel marcheur est là pour nous donner du courage, de l’élan. Sur ce chemin fait de joie et de désespoir. Il me murmure que rien n’est ôté au cours de cette existence sans qu’autre chose de précieux ne soit donné en contrepartie.

Par la fenêtre, Viviane me fait un signe, elle a resserré autour de sa taille son grand manteau, elle aussi reprend son chemin, le sien…paysage_neige_broceliande

Brocéliande ce nom résonne de toute part. Brocéliande, tu offres en pleine lumière ce que nous allons chercher par cohorte dans les salles obscures.

Tu montres la nécessité d’être en quête de sens, de nous relier à la vie si nous ne voulons pas être de simple avatar.

Tu mets sur notre chemin la véritable rencontre celle qui nous fait dire à l’autre, au tout Autre : Je te vois.

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Viviane
Fille du Seigneur Dyonas, placée sous la protection de la puissante déesse Diane, sa marraine, mère adoptive et protectrice du jeune Lancelot, élève préféré de Merlin, Viviane préside au destin de la Table Ronde et veille sur le Roi Arthur. De sa baguette magique, elle montre l’étoile, celle que chaque chevalier doit suivre pour accomplir son chemin.
Mais elle est bien plus encore. Par ses multiples noms connus ou secrets, Nive, Nimue, Ninian, Blanche serpente, elle est l’incarnation de la forêt, elle est Brocéliande.
Pleine de sagesse et de malice, elle interroge Merlin, ce grand arpenteur du temps « Où cours-tu ainsi ? Tu le sais bien, il n’y a rien au dehors, surtout pas d’or. »
Viviane est le lieu où se réalise l’union et se marient le feu et l’eau. Et tout finit par avoir sa saveur, le vent, l’air, la terre, c’est pourquoi Merlin retourne a elle, car chaque homme né de la nuit d’une femme.


Les lavandières
On peut encore entendre leurs cris, installées là pour la grande lessive, agenouillées dans leur caisse à savon, jouant du battoir ou de la brosse. Les bras s’agitent mais les langues vont bon train aussi autour du « doué ». On raconte que certaines prolongent leurs tâches à la nuit venue, mais celles-là sont des fantômes condamnés à laver leurs fautes. Gare au promeneur solitaire qui viendrait à passer, attirer par la voix de ces fées, il serait contraint à tordre le linge avec elles, ce linge bientôt transformé en linceul !


Brocéliande
Elle ouvre la voie du conte, ceux qui se sont arrêtés pour la contempler et pour l’écouter ne sont plus ceux qui reprennent le chemin et s’éloignent l’histoire terminée. Le conte nous enlève, nous rapt. Tant d’épreuves, d’émotions, d’exaltations traversées, il nous bouscule, nous renverse. Nous voilà neuf, comme ce linge frappé par le vigoureux battoir des lavandières, tordu, essoré, séché et lissé. La vie circule à nouveau et elle nous fait lever les yeux vers le ciel pour découvrir les étoiles qui scintillent au dessus de nos têtes.

 

 

LE PAIN DU MARCHEUR

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Tableau : Catherine Riverain, Photos : Marie Tanneux

 

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Association Le Conte est Bon
Louise de brecilien
06 62 35 86 30
http://www.contes-broceliande.com

 

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