Au sud de la forêt, dans l’église du village de Beignon, à la lumière du midi, deux sièges vides font face au chœur. Ils attendent dans le recueillement du silence, l’arrivée, de la Femme et de l’Epoux. Je la pressens imminente, placée bien sur, sous le signe de l’alliance. Une
rencontre faite au détour d’un chemin dont seule Brocéliande en a le secret. Elle, la forêt malicieuse ne raconte pas d’histoire, sa volonté est tournée vers l’essence-ciel. Brocéliande appartient au primordial et à la puissance archaïque. Elle est énergie de vie qui ne demande qu’à nous traverser.
Cette espérance, quête, du Graal, de la réalisation de l’union qui apporte la paix, n’est pas une piste au tracé rectiligne mais une courbe, une arabesque.
La représentation d’un vitrail me met intuitivement sur la voie. Elle montre un vieillard à longue barbe blanche, assoupi. Une main tient son visage aux yeux clos et l’autre laisse échapper un livre ouvert, celui de son destin. Dans son dos, pousse une puissante ramure, un arbre. Une colonne végétale prolongement de sa colonne minérale. Cet homme chenu, est-il Jessé ou Merlin ? Mythologie chrétienne ou arthurienne ? Qu’importe ! Il ouvre le chemin, avec ses branches, ses ramifications et ses rejetons. Cet arbre est celui de nos vies, de la Vie. Une invitation à se réveiller, à s’éveiller pour se désencombrer et laisser couler la source.
Je le découvre ce Graal, hissé au coin de la rue en guise d’enseigne. Alors tout devient message : « D’âmes nature », le nom d’une échoppe, « Mady est là »un prénom tracé à la craie blanche sur
un tableau noir.
A l’entrée du sentier, un arbre veille, il est le gardien d’un chemin qui se réduit comme peau de chagrin. Il est pourtant bien là encore visible pour celui qui sait voir et a le courage de s’engager sans hésiter. Un petit pinson me précède, il pépie gaiement guidant mon regard, vers ce qui est à voir : la croix de schiste pourprée dans la végétation. Celle-ci ouvre un chemin de traverse, comme cette voie 9 ¾ placée sous les pieds d’un certain héros, nommé Harry Potter, il faut tout simplement oser. Elle mène au jardin de Ferdinand Jaillet, autrefois « le Paradis des Affolettes », lui aussi s’est endormi.
Du rocher glissant, je surplombe la vallée de l’Aff, deux arbres étroitement enlacés, célèbres ce temps, bientôt du mariage sacré. En contre bas chante la rivière, l’Aff, « accrochant follement aux herbes, des haillons d’argent, où le soleil de la montagne fière luit, c’est un petit val qui mousse de rayon ». Voilà ce que murmure le chant de l’eau, ces quelques vers d’Arthur Rimbaud, devenus caresse à mon oreille.
La sente suit son cours, où se prosterne la plus noble des fougères, l’osmonde royale. Au loin, je devine un pont, celui du secret ; selon la légende arthurienne, Lancelot, compagnon de la table ronde à l’armure argentée, chevalier de neige a dévoilé son amour à Guenièvre, maîtresse de son cœur, reine d’un royaume, secret du Graal. Dans cette jonction de l’épée et de la coupe, la révélation se produit et mon corps devient cristal, que le moindre effleurement fait tinter. Une confiance obstinée et têtue vient de s’installer, impossible à ébranler et il faut aller maintenant droit vers son destin.
Je reviens sur mes pas, non pas par le même chemin mais je fais une boucle dans la chevelure de Brocéliande. Je ne saurais révéler par des mots ce qui vient d’advenir. Seul le silence est à la hauteur de cette expérience. Derrière, il y a un chemin parcouru, et, devant un long sentier, la sève de Brocéliande bat dans mes veines, une joie m’inonde et met mon cœur en fête. La véritable union, ces noces intérieures ne se font que dans l’abandon. Dans celui de ne rien chercher à savoir de l’autre lorsqu’il se fait absence. Accueillir ce qui est. Il en va ainsi de l’amour et de la vie, ces deux amants inséparables. Brocéliande invite à cette évasion, sans demander où et pourquoi, sûr d’un retour. Ce retour s’inscrit dans le livre du destin et comme la forêt, nous sommes à la fois mêmes et autre. Brocéliande offre le plaisir simple de sentir la vie, d’être en vie. Ne rien retenir, partir pour mieux revenir.
L’arbre de Jessé :
Il désigne dans la tradition chrétienne, l’arbre généalogique du Christ qui part de Jessè, père du roi David et mène à la Vierge Marie, mère de Jésus. Cette filiation sacrée est magnifique ment représentée dans l’église de Beignon.
Mady :
Mady et Gilbert Beller ont tenu pendant plusieurs années l’Hôtel-restaurant le Relais de Brocéliande, situé rue des forges à Paimpont. Une maîtresse femme dont la verve vaut le détour. Vous pourrez la rencontrer chez son fils, si vous vous arrêtez Aux Berges de Brocéliande à Beignon. Une famille qui cultive les arts de la table de génération en génération.
Lancelot
Fils du roi Ban et Elaine de Bénoïc, dont le royaume est situé en Petite Bretagne, Lancelot est enlevé et élevé par la Dame du Lac, il est destiné à être le meilleur chevalier de la Table Ronde et accomplir la quête du Graal. Ce Graal qu’il se révèlera dans l’amour de la femme, la reine Guenièvre.
Chevalier de Neige :
Clin d’œil à un livret d’opéra écrit en 1957 par Boris Vian. L’auteur de l’Ecume des jours, réalise un magnifique portrait d’un jeune Lancelot touché par la grâce après avoir traversé toutes les épreuves de la vie chevaleresque et de la passion amoureuse.
« Il va de soi que tout ceci ne peut finir que par la mort, et la beauté des romans vient aussi de ce que cette mort n'apparaît qu'au terme d'une très longue vie d'amour. » Ainsi Boris Vian, deux ans avant sa propre disparition, commente-t-il cette histoire de cet étonnant Chevalier de Neige.
Guenièvre :
Fille du seigneur Léodagan de Carmélide, femme du roi Arthur et amante du chevalier Lancelot. Guenièvre est l’incarnation de la terre, de la souveraineté qui a besoin de deux forces pour être protégée et fécondée. La force passive du roi, garant de l’ordre et celle active du chevalier-guerrier.
La coupe :
Elle est associée à la lune horizontale, au vase, à ce Graal recueillant et contenant ce que les Dieux offrent aux hommes. En ce sens, la coupe représente la destinée humaine, un poison ou un élixir, la vie éternelle ou la mort, mais aussi l’ensemble de ces possibilités.
L’épée :
Elle est l’arme symbolisant à la fois la force guerrière et la lumière triomphant des ténèbres. Elle manifeste la parole et la puissance solaire dont elle semble être un rayon.
Pour célébrer ces noces intérieures, voici les petits gâteaux de la joie.
45g de noix de muscade
45 g de cannelle
10 g de clou de girofle
1kg de farine d’épeautre
300g de beurre
300g d’amandes douces pilées
4 œufs
½ cuillères à café de sel
Eau ou lait
Mélanger les ingrédients avec suffisamment d’eau ou de lait. Puis faire des petits biscuits avec un emporte-pièce (en forme de cœur !). Les cuire à 180 ° pendant 15 mn.
« Ces gâteaux dispersent l’amertume qui est dans ton cœur, ils l’apaisent et l’ouvrent »
Recette d’Hildegarde de Bingen, femme exceptionnelle et étonnante, abbesse bénédictine allemande qui vécut au XIIe siècle, elle nous a transmis de précieux conseils de santé qui sont pour la plupart confirmés par la science d’aujourd’hui.