x

Le faucheur de Château-Tro

chateau_Tr_Guilliers_nbA Guilliers, l'étang de Château-Trô s'étale au pied du roc
Où résidait jadis le puissant Guéthenoc.
On y voit un moulin et sa roue à palettes,
Un cabaret rustique et quelques maisonnettes.
Dans ce plaisant village, aux derniers jours de Juin,
Après la fenaison, lorsqu'on rentre le foin,
Les gens du voisinage arrivent le dimanche,
Rêver au bord des eaux en taquinant la tanche

Un soir que j'admirais le beau panorama
Qui s'étend du vallon jusqu'à Pumara,
Près de moi tricotait une vieille fermière
Qui, lâchant un moment sa laine familière
Me désigna du doigt une prairie au loin
Et me dit : Voyez-vous ces faneurs dans le foin ?
Il paraît qu'un matin l'ancien propriétaire
S'apprêtait à faucher cet immense parterre
Lorsqu'il fut accosté par un petit vieillard
Tordu, velu, chenu, qui lui dit goguenard :
"- Monsieur, pardonnez-moi si je vous importune,
Mais je sais cent moyens d'avancer la fortune,
Combien faut-il de temps pour tondre votre pré ?
- Je compte au moins trois jours, travail accéléré,
- Et bien moi, cher ami, je le rase en une heure !
Et, pour vous démontrer que ce n'est pas un leurre,
Je m'en vais commencer, vous passerez devant,
Et moi je faucherai sur vos pas. Mais avant,
Vous vous engagerez, car il faudrait s'entendre,
A ne pas regarder comment je vais m'y prendre.
- Certes, je vous promets, de  n'y point déroger,
Dit l'autre, précédant aussitôt l'étranger."

Alors comme eussent fait dix lames fulgurantes,
La faux, en un clin d'oeil coucha l'herbe des pentes,
Puis celle du bas fond. Et les trèfles en fleurs
Saturaient le matin de leurs fraîches odeurs.
Pas un mot, pas un bruit. Seul un petit nuage
Flottait dans le soleil près de l'homme à l'ouvrage.
Quand on eut parcouru la moitié du terrain,
Le paysan se dit : "le vieux est bien malin !
Mais s'il veut me donner une leçon, je pense
Que j'ai dans le métier un peu d'expérience...
Essayons en tout cas d'apprendre son secret."
Mais, comme vers le gnome il louchait, indiscret,
Parmi les foins coupés, en ronde satanique,
Surgirent cent lutins qui lui firent la nique
Et qui subitement disparurent en choeurs.
Jamais notre étourdi ne revit ces moqueurs.
Mais il aimait souvent, aux loisirs du dimanche
Raconter le bon tour du vieux à barbe blanche.

 

 

Imprimer PDF

Ajouter un Commentaire



Code de sécurité
Rafraîchir